Pilotage et rentabilité
Calculer la rentabilité d'une opération de marchand de biens
Une opération qui « fait 180 000 € de marge » ne rapporte pas 180 000 €. Entre le prix d'achat et ce qui reste réellement dans la société, sept postes s'intercalent. Voici la méthode que nous utilisons avec nos clients, et l'exemple chiffré complet.
Les sept étapes du calcul
1. Le coût d'acquisition complet
Prix d'achat, plus droits d'enregistrement (fortement réduits en cas d'engagement de revendre), plus émoluments du notaire et débours, plus commission d'agence si elle est à votre charge.
2. Le coût des travaux
Montant HT des devis, majoré d'une marge de sécurité. Notre recommandation : simulez toujours une variante à plus 15 %. Si l'opération ne tient plus, la marge de sécurité est insuffisante.
3. Les frais annexes
Diagnostics, géomètre, architecte, assurance dommages-ouvrage le cas échéant, frais de dossier bancaire, taxe foncière pendant le portage, charges de copropriété.
4. Les frais financiers
Sur un crédit in fine, intérêts = capital emprunté × taux × durée de portage en mois ÷ 12. C'est le poste qui pénalise le plus les opérations qui traînent.
5. La TVA à la revente
Selon le régime applicable, sur marge ou sur le prix total, nette de la TVA déductible sur les travaux. C'est le poste le plus lourd après le prix d'achat lui-même.
6. L'impôt sur les sociétés
15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice si la société est éligible, 25 % au-delà.
7. Le résultat net et les ratios
Résultat net, taux de marge nette rapporté au prix de revente, rendement sur fonds propres et rendement annualisé.
Les trois chiffres à regarder, et dans cet ordre
- Le résultat net, parce que c'est le seul qui finit en trésorerie.
- Le taux de marge nette, parce qu'il mesure votre coussin de sécurité. En dessous de 8 à 10 % du prix de revente, une mauvaise surprise sur les travaux ou trois mois de retard suffisent à effacer le gain.
- Le rendement annualisé des fonds propres, parce qu'il permet de comparer une opération de six mois et une opération de deux ans.
Les erreurs de calcul les plus fréquentes
- Oublier les frais financiers parce que le crédit est in fine et que rien ne sort avant l'échéance. Ils sont pourtant bien dus.
- Calculer la marge hors TVA alors que l'opération y est soumise.
- Raisonner sur le prix affiché et non sur le prix qui sera réellement obtenu, après négociation.
- Négliger l'impôt, qui représente souvent un cinquième de la marge nette.
- Ignorer le temps : la même opération à 63 000 € de résultat net sur douze mois ou sur trente mois n'a pas du tout le même intérêt.
Ce qui transforme un calcul en pilotage
Un calcul fait avant l'achat a une durée de vie de quelques semaines. Ce qui compte ensuite, c'est de comparer en permanence le réalisé au prévisionnel : coût des travaux engagés contre budget, date de revente contre échéance de l'engagement, marge recalculée à chaque situation.
C'est le rôle des tableaux de bord que nous tenons par opération, et c'est ce que réclame aussi votre banquier lorsqu'il finance la suivante.
Questions fréquentes
En retranchant du prix de revente la TVA nette due, le prix d'achat, les frais d'acquisition, les travaux et les frais financiers. Le résultat obtenu est la marge nette avant impôt sur les sociétés.
Il n'existe pas de norme, mais un taux de marge nette faible laisse peu de marge d'erreur. En dessous de 8 à 10 % du prix de revente, un dépassement de travaux ou un retard de vente suffit souvent à annuler le gain.
Oui, systématiquement. Le régime de TVA applicable peut faire varier le résultat net de plusieurs dizaines de milliers d'euros sur une même opération.
En calculant le rendement annualisé des fonds propres, qui ramène le résultat à une base d'un an et permet de comparer des opérations de durées différentes.
Non. Il donne un ordre de grandeur fiable à partir de vos hypothèses, mais il ne vérifie ni le régime de TVA réellement applicable à votre bien, ni la solidité de vos devis. Ces deux points se valident avec votre expert-comptable et votre notaire.
Cet article présente les règles en vigueur à la date de mise à jour indiquée. Il a une vocation informative et ne constitue ni un conseil personnalisé ni un engagement du cabinet. Chaque opération doit faire l'objet d'une analyse au cas par cas.